Article IT et données personnelles | 10/07/26 | 11 min. | Florence Chafiol Alexandra Antalis
Plus de 10 mois après sa consultation publique, la CNIL publie la version définitive de ses recommandations concernant l’utilisation des pixels de suivi dans les mails. L’objectif de la recommandation est d’aider les acteurs qui recourent à ces traceurs à mieux comprendre leurs obligations, notamment en matière de recueil du consentement des destinataires de ces mails.
En effet, ces dernières années, de nombreux acteurs utilisaient ces pixels pour évaluer la bonne réception de leurs messages et éviter d’envoyer des messages inutiles ou encore à des fins marketing pour mieux comprendre les habitudes de lecture des destinataires des mails et adapter les contenus et ce, sans que la CNIL ne se soit positionnée à ce sujet. Une telle pratique est désormais encadrée.
Il est important de noter que la recommandation de la CNIL s’applique dès lors qu’un pixel est inséré dans un mail, indépendamment du destinataire et de la nature de la prospection (B2B ou B2C).
Quel délai pour se mettre en conformité avec ce nouveau cadre juridique ?
Pour les adresses électroniques déjà collectées, les pixels peuvent continuer à être utilisés (même pour ceux qui nécessitent le recueil du consentement), sous réserve dans un délai maximum de 3 mois à compter de la publication de la recommandation (donc avant le 14 juillet 2026) (i) d’envoyer aux destinataires une information claire et accessible et, (ii) de les mettre en capacité de s’opposer à de telles opérations pour les courriels futurs.
Toutefois, lorsque le responsable du traitement est tenu de solliciter un nouveau consentement pour l’utilisation de l’adresse mail (ex : pour la transmission des données à de nouveaux responsables de traitement à des fins de prospection par voie électronique), il devra recueillir un consentement valide pour la mise en œuvre des opérations de lecture ou d’écriture qui ne sont pas exemptées.
La CNIL semble, à ce stade, privilégier une démarche de mise en conformité plutôt qu’une approche répressive, en précisant qu’elle aidera, dans les prochains mois, les professionnels à s’approprier les règles et garanties énoncées par la recommandation, afin qu’ils puissent mettre en œuvre les mesures nécessaires à leur respect effectif.
Plan d’action à déployer :
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Un pixel de suivi est un petit fichier invisible, intégré dans un mail qui permet à l’expéditeur de savoir pour chaque destinataire individuel :
La CNIL estime que l’utilisation des pixels pour les finalités suivantes nécessite le recueil du consentement du destinataire :
La CNIL considère que l’utilisation des pixels pour les finalités suivantes ne nécessite pas le recueil du consentement du destinataire :
Ces exemptions ne peuvent concerner que les mails demandés par le destinataire ou qui se rattachent à un service demandé par ce dernier (ex : mails de bienvenue, d’alertes de compte, de notifications liées à des événements comme l’expédition d’un colis, confirmations de commande et factures d’achat, de rappels et réinitialisation de mot de passe, de réponses aux demandes envoyées au service client, de rappels de rendez-vous ou de réservations, de notifications de paiement ou encore de mails de notification de violation en lien avec le service demandé).
Par ailleurs, pour ces pixels, la CNIL considère que seule la date (à la journée et sans enregistrer l’heure) de la dernière ouverture connue de mails, mise à jour à chaque nouvelle ouverture avec suppression de la précédente, devrait être conservée.
Concernant la durée de conservation des informations collectées par le biais de ces pixels, la CNIL ne fournit pas d’indication spécifique. Elle précise seulement que « l’absence de sollicitation pendant une durée de 6 mois constitue une bonne pratique de la part des éditeurs », ce qui suggère que le consentement peut être à nouveau demandé à un destinataire qui s’y était opposé, sans nécessairement vouloir dire que le consentement n’est valable que 6 mois. La position ainsi retenue diffère quelque peu de celle applicable aux cookies, la CNIL indiquant clairement, dans sa recommandation sur les cookies, que la conservation des choix des utilisateurs pendant 6 mois constitue une bonne pratique.
Enfin, la CNIL recommande à titre de bonne pratique d’informer les personnes de leur existence afin d’assurer une transparence pleine et entière sur ces opérations au sein de la politique de confidentialité.
La CNIL recommande que le consentement à l’utilisation de pixels de suivi dans les mails soit recueilli au moment de la collecte de l’adresse mail concernée en intégrant, au niveau du formulaire de collecte de l’adresse, les informations nécessaires au recueil d’un consentement éclairé dont une information synthétique sur les finalités des traceurs (des exemples de formulation sont disponibles dans sa recommandation) avec un lien vers une information plus détaillée (ex : la politique « cookies et autres traceurs »).
Lorsque le recueil du consentement ne peut être effectué concomitamment à la collecte de l’adresse mail concernée, le responsable du traitement peut solliciter le consentement de la personne visée par l’envoi d’un message électronique qui ne devra pas contenir de dispositif de suivi soumis au consentement. A cette fin, la CNIL recommande, par exemple, de prévoir dans le mail un lien qui redirige vers une page sur laquelle la personne aura à effectuer une action positive (ex : cliquer sur un bouton) pour confirmer son consentement, à l’instar des mécanismes utilisés pour les liens de désinscription.
La CNIL précise qu’un consentement indépendant et spécifique doit être recueilli pour chaque finalité distincte. En principe, ce consentement spécifique au pixel doit être distinct du consentement à recevoir des prospections commerciales. La CNIL prévoit tout de même une exception en précisant qu’il est en possible de recueillir un consentement unique pour la prospection commerciale directe par voie électronique et pour l’utilisation de pixels de suivi dans les mails de prospection commerciale pour des finalités connexes. Par exemple, lorsque la prospection est expressément présentée comme personnalisée, le consentement à cette prospection et l’utilisation de pixels de suivi contribuant directement à cette personnalisation (par exemple, pour la personnalisation du contenu ou l’adaptation de la fréquence des envois) peuvent être couverts par un consentement unique.
Enfin, le régime du consentement des pixels de suivi est indépendant de celui applicable à l’envoi du mail en question : ainsi le consentement pour des pixels de suivi pourra être nécessaire pour des mails qui ne nécessitent pas, en principe, le consentement des destinataires.